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Présidentielles et débats sur recherche et enseignement supérieur : A quoi joue-t-on ?

Bernard Jacq, DR CNRS Marseille, Biologiste

jeudi 19 avril 2007


C’est un parallèle osé, mais finalement, recherche scientifique, football et élections présidentielles ont beaucoup de points communs !

Regardons la campagne présidentielle 2007 : elle a longtemps ressemblé au championnat de France de Football de L1 : tant que Lyon écrasait la compétition, nombre de spectateurs ont été blasés. De même, jusqu’il y a peu, l’électeur français s’ennuyait tant on pouvait penser que le match présidentiel était plié d’avance …

Et quel drôle de match : tandis que les deux « principaux » candidats passent leur temps à se marquer à la culotte, les « petits » candidats passent le leur à essayer d’obtenir leur licence professionnelle (les 500 signatures !). Quant aux deux candidats qui se disputent le rôle d’arbitre, ils tentent toujours de nous convaincre de leur présence certaine en phase finale, pardon, au second tour … Bref, à part un petit suspense pour savoir si la finale se jouerait à 11 ou 12 joueurs, quel spectacle peu passionnant quant au fond de jeu ! Les concours de pronostics actuels peuvent passionner certains spectateurs, mais ils ne reflètent pas ce que les joueurs ont pu montrer de leur technique personnelle ou collective sur le terrain du débat.

Parlons plus précisément du débat sur recherche et enseignement supérieur (R&ES) dans la campagne : A entendre les trop courtes déclarations de quelques candidats, rien ne serait donc plus nécessaire que de donner enfin des moyens décents à notre université ; les enjeux de la recherche aussi seraient donc importants, voire vitaux pour notre survie au XXIe siècle ! La communauté scientifique ne dit pas autre chose depuis longtemps, mais elle se méfie des déclarations d’avant-match : On aimerait voir de l’action, voir aussi les coups francs du service public de recherche se loger enfin dans la lucarne des émissions télévisées. Mais rien de cela jusqu’ici ! Malgré les efforts répétés de l’association SLR auprès de sa communauté et des hommes politiques pour faire de R&ES un des thèmes importants de la coupe présidentielle, force est de constater que la pelouse du débat était restée impraticable.

SLR avait pourtant anticipé les choses en 2006 : plusieurs numéro 10 d’équipes de 1ère et 2ème divisions présidentielles avaient participé à son tournoi d’automne : M.-G. Buffet, D. Voynet, F. Bayrou, C. Taubira, L. Fabius, O. Besancenot et F. Gamerre avaient successivement rivalisé de papinades et autres appels de balle réussis dans leurs analyses et propositions en R&ES. Les rencontres, près du stade de Fleurance (Gers), étaient alors constructives, plaisantes, animées et avaient ravi un public connaisseur.

Mais depuis le début 2007, le climat a radicalement changé. SLR n’est plus le bienvenu dans les phases finales : la tension monte et nos articles peinent à passer dans les media (…nous créons donc le nôtre aujourd’hui !). Comme pendant les coupes présidentielles 1995 et 2002, le pilonnage des corners de droite sur la recherche fondamentale a recommencé. Pendant ce temps, la gauche de gouvernement et la gauche antilibérale ont semblé attacher encore tranquillement leurs lacets, sans trop révéler leurs stratégies et tactiques concernant R&ES. Quand à la communauté scientifique, l’anti-jeu la détourne des gradins du stade : l’innovation tacle la recherche fondamentale, les pôles de compétitivité tirent sans vergogne le maillot des académiques, pendant que les crampons de l’ANR s’essuient lourdement sur les mollets du CNRS. Assurément, dans la phase actuelle où tous les coups semblent permis, le bonheur n’est pas dans le PRES !

Dans ce climat de non-débat et d’anti-jeu, le carton jaune du culot a sans aucun doute été gagné par l’ailier droit Nicolas Sarkozy, interviewé récemment par la revue scientifico-entrepreneuriale France-Biotech. « … Ils (les chercheurs) ont aussi été les premiers à alerter les pouvoirs publics et à réclamer des changements. Les Etats Généraux de la Recherche organisés en 2004 à l’initiative de la communauté scientifique en témoignent par l’ampleur des réflexions menées et la richesse des propositions discutées. Nous ne devons pas laisser ce formidable élan retomber et décevoir les attentes ainsi créées. Ces hommes et ces femmes, qui se consacrent avec passion et talent à leurs activités de formation et de recherche, ont une grande ambition pour la science française. Ils en ont la motivation et les compétences. Donnons leur les moyens de la réaliser » a-t-il déclaré dans un vibrant Sarkocorico ! Avec lui, tout devient possible et l’air et les mots nous manquent après cette suffocante tirade. Cette frappe (du ministre) de l’intérieur ressemble à l’agression chevaleresque de Schumacher envers Battiston lors du France-Allemagne en 1982 à Séville ou encore au but de « la main de Dieu » de Maradona contre l’Angleterre en 1986. Aussi époustouflant que cela puisse paraître, le meneur de jeu du club UMP qui, par trois fois (2004, 2006 et 2007), a refusé l’invitation de « Sauvons la Recherche » à venir débattre, voudrait aujourd’hui se poser comme le Just Fontaine de la communauté académique ! Il prétend même depuis peu vouloir nous enseigner les fondements scientifiques du débat entre biologistes sur l’inné et l’acquis. On nous permettra de penser qu’il y a vraiment des «  coups de boule » de Zidane qui se perdent !

Du côté de Ségolène Royal, meneuse du Real de Solferino, rien de tel dans l’outrance et ses premières déclarations sur R&ES, dévoilées le 16 février à Strasbourg devant le club des Jeunes chercheurs (CJC), allaient même plutôt dans un sens espéré majoritairement par le monde académique. Mais on a pu se demander si elle ne se trompait pas de championnat : passe encore que le choix de ses tenues blanches ne soit pas très adapté à la boue du terrain, mais certaines phases de son jeu ont étonné, voire irrité : D’une part l’annulation tardive de sa venue à notre tournoi d’automne de Fleurance a déplu (même si l’équipe de Solferino y était représentée par un autre candidat au poste de titulaire) ; d’autre part réserver la primeur de mesures sur les allocations de recherche au public de Strasbourg était certes opportun, mais parler de budget de la recherche, de réforme des universités, d’EPSTs ou d’ANR devant ce même parterre était une occasion de but manquée : c’était d’évidence devant une représentation beaucoup plus élargie de la communauté (juniors, séniors et vétérans) qu’une telle déclaration aurait dû être faite…. et un débat participatif s’engager !

Entre l’ailier droit de l’équipe bleue et l’ailière gauche de l’équipe rose, un milieu de terrain a récemment émergé, François Bayrou. Même si à Fleurance, plusieurs de ses propositions en R & ES avaient reçu un accueil intéressé, sa tactique de jeu actuelle est d’une nouveauté qui, il faut bien le dire, surprend dans le football hexagonal actuel : il paraît difficile de faire un match en demandant aux meilleurs bleus et aux meilleurs roses de jouer ensemble ! Enfin, nous attendions aussi que les autres équipes présentes à Fleurance, au maillot rouge ou vert, qui avaient montré de belles dispositions de jeu en matière de R&ES les confirment spontanément ce printemps, mais nous étions un peu restés dans l’attente jusqu’ici. Alors, devant ce manque de jeu évident de beaucoup d’équipes, l’association SLR a décidé de s’adresser à nouveau à l’ensemble des pratiquants, scientifiques et politiques. Elle a organisé un grand tournoi de printemps sur R&ES en trois phases, envoi d’un questionnaire écrit, minitournoi à 7 joueurs le samedi 31 mars à la cité des Sciences à Paris et remise des copies au public en avril. En effet, nous pensons que c’est seulement par un dialogue constructif entre candidats, futur gouvernement, parlement et communauté scientifique que pourra se construire à terme le nouveau système de R&ES, ef- ficace et accepté par tous, dont le pays a tant besoin.

Nous espérons que nos initiatives y auront contribué : la demi-finale du 22 Avril et la finale du 6 mai approchent à grands pas ! La recherche ne sera pas sauvée d’ici là, mais beaucoup d’entre nous aspirent maintenant à grimper dans la division supérieure : celle où les politiques auront un vrai dialogue respectueux avec les citoyens et où les gouvernements ne traiteront plus les propositions constructives du monde académique … par un carton rouge !

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